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Rennes-le-Château chapitre vendéen |
III. Yzernay
I. Où l'on sort de Vendée tout en y restant...
Si l'on quitte les limites départementales de la Vendée d'aujourd'hui, on peut rester cependant dans la Vendée... Militaire, cette vaste région qui en Mars 1793 se soulève contre la république naissante et est broyée dans une effroyable répression. Les Mauges, une région du Maine-et-Loire qui s'étend autour de Cholet, ont été l'un des foyers, sinon le principal, de cette insurrection et ont payé un lourd tribut dont on peut aujourd'hui encore voir les traces au travers des nombreux monuments commémoratifs qui s'y élèvent.
Cette région donc, à fort ancrage catholique et qui au début du XXe siècle voue encore un culte fervent au Sacré-Coeur, va se signaler dans les carnets de Bérenger Saunière par les villages d'Yzernay, de Maulévrier, des Cerqueux, et par la ville de Cholet. Yzernay, Maulévrier et Les Cerqueux (très probablement de Maulévrier) sont trois villages qui pour ainsi dire se tiennent dans un mouchoir... de Cholet. Cette situation intéressante donne la possibilité de penser qu'ici quelqu'un a agit et a fait connaître autour de lui les demandes de l'abbé.
Situation d'Yzernay
Maulévrier et Les Cerqueux
Le premier envoi provient, en Novembre 1904, de Maulévrier. Yzernay apparaît à partir de Mars 1905 et ne quitte plus les carnets jusqu'à leur fin ç'est à dire que l'abbé va établir là des contacts qui s'étaleront sur 10 ans, et probablement au delà, jusqu' en 1917, ou il décède le 22 janvier. Par la suite viennent Cholet et Les Cerqueux. J'ai privilégié les recherches sur ces provenances regroupées, mais dans ce département du Maine-et-Loire on trouve également d'importants et réguliers donateurs plus au nord, à Saint Aubin de Luigné, Saumur, ainsi que depuis la maison-mère des Soeurs enseignantes de la Providence, à La Pommeraye.
Yzernay apparaît une soixantaine de fois dans la comptabilité de l'abbé. C'est donc une source majeure.
Il semble qu'ici la personne qui ait fait rayonner les demandes de Bérenger Saunière soit Melle Philipine Chastanet, le contact de Maulévrier, que l'on retrouve par la suite associée à des envois d'Yzernay de même qu'à certains envois du château de Bellozanne en Seine-Maritime.

Philipine Chastanet, ici associée à Yzernay (17 novembre 1906)

Ph. Chastanet, ici associée au Château de Bellozanne(76) 2 août 1906, dans le même temps des envois depuis Les Cerqueux et Cholet.
II. Un correspondant méconnu de B. Saunière : l'abbé Auguste Poirier, d'Yzernay

A. Poirier curé d'Yzernay... fait aussi célébrer des messes à Rennes-le-Château...(13-14 juillet 1907)
Les informations relatives a l'abbé Poirier proviennent du livre de Georges Michel "Yzernay au coeur de l'histoire" (Editions Pic de la Mirandole, 2002).
Auguste Poirier est né au Longeron (49) le 3 décembre 1839. Son parcours ecclésiastique l'a mené à Yzernay en mars 1868. Après avoir été ordonné prêtre en 1863. Il exerce un premier vicariat à Saint-Georges des Gardes à partir de 1864 avant de rejoindre Yzernay comme vicaire à nouveau en 1868. C'est le curé Fresneau qui dessert alors la paroisse, Auguste Poirier lui succède en juillet 1876.
Son parcours a quelques points communs avec son homologue de Rennes-le-Château, avec lequel il est en contact épistolaire à partir de 1905 et jusqu'en 1907 où il quitte Yzernay.
Comme Saunière l'abbé Poirier a fait rénover et décorer son église.
Comme Saunière ces améliorations lui vaudront la visite de son évêque, comme on peut le lire au fronton de l'église d'Yzernay.
Comme Saunière enfin, l'abbé Auguste Poirier a connu quelques soucis... avec certaines autorités et aussi pour des histoires d'argent...
Les ressemblances s'arrêtent là car le déroulement chronologique est inverse. C'est en 1893 que l'abbé Poirier doit faire face à ses soucis et en 1901 que son église est bénite par son évêque (en 1902 l'évêque revient consacrer l'autel), ce qui démontre que sa hiérarchie lui a toujours conservé sa confiance.
Mais quels sont-ils ces soucis?
En 1893, plusieurs plaintes sont déposées contre Poirier par des gens qui, lui ayant confié leurs économies pour les placer, apprennent que tout est perdu. On comprend leur désarroi. Les autorités vont alors s'engouffrer dans la brèche et tenter de faire tomber l'abbé. Une lettre du sous-préfet de Cholet nous indique que Poirier dérangeait déjà par ses idées, ce qui nous donne un nouveau point commun avec Saunière qui facilitera sans doute les contacts futurs :
"J’ai eu l’honneur de vous signaler, il y a quelques mois, l’attitude politique hostile de monsieur Poirier, desservant d'Yzernay. Depuis cette époque, j’ai reçu fréquemment des plaintes graves contre lui. Aujourd’hui, sa situation devient intolérable dans cette commune. J’avais pensé que l’autorité épiscopale serait informée des agissements de cet ecclésiastique et prendrait des mesures à son égard. J’ai lieu de croire qu’on ignore, à l’évêché, la conduite de Monsieur Poirier. Les faits mis à la charge du desservant d’Yzernay relèvent plutôt de l’autorité judiciaire déjà saisie, mais vous penserez peut-être qu’il convient d’intervenir auprès de l’autorité Diocésaine puisque j’ai reçu des réclamations au nom des intéressés." (lettre du Sous-préfet de Cholet du 18 Juillet 1893)
Il n'existe pas de documents connus permettant de penser que l'abbé Poirier aurait été plus inquiété. Dans la plupart des cas il s'arrangera avec les plaignants et tentera de les rembourser. Le mystère plane cependant sur ces histoires d'argent, des placements se sont ils révélés catastrophiques ou l'argent fut-il utilisé autrement?... Dans une lettre datée du 24 novembre 1892, soit pour ainsi dire à la veille de ses démêlés, l'abbé Poirier s'adressait ainsi à son évêque :
"nous construisons une école primaire et une école maternelle, mais je crains que nous ne puissions conduire à bonne fin notre œuvre faute de ressources. J’ai pu jusqu’à ce jour réaliser 7 000 francs, il m’en faudrait 3 autres et je ne sais plus où frapper."
J'insiste sur le fait que, comme dans le cas de Bérenger Saunière, il serait injuste de résumer la vie de l'abbé Auguste Poirier à ces démêlés. Tout deux furent de bons prêtres, proches et aimés de leurs paroissiens. Dans les deux cas les soutiens dans la population seront nombreux.
En 1904, il crée le premier almanach paroissial. Celui-ci paraîtra jusqu'en 1914.
1904, comme nous l'avons vu plus haut, c'est aussi le début des envois faits depuis la zone Yzernay-Maulévrier-Cerqueux. Cet almanach paroissial aurait-il relayé les demandes de Bérenger Saunière? A vérifier!
Auguste Poirier demeure le curé d'Yzernay jusqu'en décembre 1907, puis regagne son village natal du Longeron où il décède le 20 août 1908 à 69 ans. Depuis Yzernay des envois de messes continueront jusqu' à la fin des carnets de Bérenger Saunière.
III. Quelques petits détails amusants
Un grand nombre des passionnés de l'histoire de Rennes-le-Château court les symboles, les coïncidences et les bons jeux de mots. Au cours de recherches sur les lieux, j'ai bien évidemment visité avec intérêt l'église d'Yzernay que desservait l'abbé Poirier en tant que prêtre de 1876 à 1907, et qui était donc fréquentée par tout les contacts de Saunière à Yzernay. Je présente les photos qui suivent sans la moindre prétention ni même leur donner la moindre signification. Toujours est-il qu'il s'agit d'éléments communs aux deux églises de Rennes-le-Château et d'Yzernay.
Pour toutes les photos de l'intérieur de l'église de Rennes-le-Château je remercie Johan de Gazette RLC.
A. Le Dallage
A Yzernay comme à Rennes-le-Château on trouve un type de dallage fait de petits carreaux qui donnent une impression de relief ou de cubes. A RLC ce dallage est utilisé devant et sur les côtés de l'autel, tandis qu'à Yzernay on le trouve de chaque coté d'un fond baptismal, à l'entrée. Dans l'église Sainte Marie-Madeleine de Rennes-le-Château un phénomène lumineux y serait visible et a été remarqué lors d'un rassemblement organisé chaque année le 17 janvier, en plus du phénomène bien connu des pommes bleues.
Naturellement il est probable que ce type de carreaux soit très répandu au sein des églises, ici ce sont les motifs qui sont communs, les carreaux sont différents. Pour un passionné de Rennes-le-Château ce type de détails sautent aux yeux. On peut cliquer les photos afin de les agrandir.
Rennes-le-Château,
le dallage et le phénomène
Yzernay
une partie du dallage
(c) Johan Netchacovitch
B. Vous tous qui souffrez...
Il est un élément de l'église de Rennes-le-Château qui a fait couler beaucoup d'encre. Il s'agit de la fresque située au dessus du confessionnal et qui représente le sermon sur la montagne. Une phrase le parcourt : Venez à moi vous tous qui souffrez et qui êtes accablés et je vous soulagerai.
Cet élément, commandé par Saunière, recèlerait une signification cachée, on le dit codé. On y voit un sac posé au bas de la montagne qui a focalisé beaucoup d'attention. Paul Rouelle cite même l'amusant jeu de mot "vous qui êtes sacs à blés". Pour la phrase, elle serait inspirée de l'évangile selon St Matthieu 11-28 : "Venez à moi, vous tous qui peinez et ployez sous le fardeau, et moi je vous soulagerai." (cependant ce passage ne se déroule pas au même moment que Les Béatitudes).
Quoi qu'il en soit le curé Poirier d'Yzernay a lui aussi placé cette phrase dans son église, dans la partie consacrée au Sacré-Coeur. Or il semblerait bien que l'abbé Bérenger Saunière vouait lui aussi un culte particulier au Sacré-Coeur. Cependant, à Yzernay, l'extrait "et qui êtes accablés" manque.
Yzernay,
L'autel du Sacré-Coeur
Rennes-le-Château
la fresque au-dessus
du confessionnal
C. Les pommes bleues
Le phénomène dit des "pommes bleues" est un phénomène lumineux visible dans l'église de Rennes-le-Château et provoqué par le soleil éclairant au travers d'un vitrail et projetant des reflets colorés. On l'associe au décryptage fait d'un des parchemins de l'affaire : "Bergère pas de tentation que Poussin Teniers gardent la clé pax DCLXXXI par la croix et ce cheval de Dieu j'achève ce daemon de gardien a midi pommes bleues".
Si le parchemin est douteux, le phénomène, lui, existe et un rassemblement est organisé chaque année le 17 janvier pour l'observer (mais, dit-on, on l'observe aussi bien le 16...). A Yzernay, les vitraux aussi se projettent.
Rennes-le-Château
les "pommes bleues"
Yzernay
Voici donc ces éléments, qu'un passionné de Rennes-le-Château remarque assez vite. Ils n'impliquent rien, mais simplement ils sont là.
Et puis, comme un dernier clin d'oeil, l'abbé Auguste Poirier est né et mort dans la commune du Longeron, à l'ouest de Cholet, à la limite entre les départements du Maine-et-Loire et de la Vendée. Cette commune est aujourd'hui jumelée avec un village canadien dont le nom apparaît une nouvelle fois plutôt chargé quand il est lu par quelqu'un venu là motivé par une recherche sur Rennes-le-Château... Jugez par vous même...
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