Le Trésor
de la Tour Moricq
Certains lieux, comme Rennes-le-Château dans l'Aude ou encore Gisors dans l'Eure
ont connu une célébrité rapide et grandissante suite aux histoires de trésors
fabuleux supposés dormir dans leurs environs.
Cet engouement aurait tout aussi bien pu se développer dans la région d'Angles, et particulièrement autour du hameau de Moricq. En effet, ici se trouvent réunis tout les éléments nécessaires à faire naître les quêtes dont raffolent les chercheurs de trésors : un riche passé historique, une tradition populaire riche en légendes, une histoire de trésor et même des indications mystérieuses permettant de le retrouver !
Cependant, l'histoire du trésor de la Tour Moricq ne suscite de l'intérêt que d'un point de vue local.
Mais qu'en est-il exactement de cette histoire de trésor, a quand remonte cette tradition? Qui a gravé ces mystérieux graffiti sur la façade nord de la tour, dont on soupçonne qu'ils donneraient des indications sur sa localisation? Qu'en est il des réseaux souterrains dont parle l'abbé Baudry?
Dans un premier temps il faut approcher les lieux, et découvrir comme premier trésor toute la richesse historique de la commune d'Angles. Juché sur le pignon de l'église nous regarde la bête transformée en pierre qui, assurait-on autrefois, se nourrissait de la beauté des filles d'Angles...
Vidéo : La Bête d'Angles (Real Player)
A deux kilomètres à l'ouest du bourg se trouve le hameau de Moricq où s'élève la tour du même nom.
Cette construction impressionnante a connu plusieurs usages dans l'histoire. Tour de guet, prison, grenier à blé, pour finir a demi abandonnée au début du XXème siècle suite à l'assèchement du marais alentour. L'histoire qui nous y amène est celle du trésor que l'on dit caché dans la tour. Des graffitis présents sur la façade en indiqueraient l'emplacement... à qui saurait les décrypter...
Graffitis ou Message?
Au début du mois de Juin 2005 je me suis rendu au pied de la Tour Moricq pour admirer ces fameux graffitis. Outre bien évidemment les habituels graffitis que l'on peut trouver sur ce type d'édifice ou chacun grave la date de son passage ou ses amours du moment, on peut voir trois dessins un peu plus bizarres, situés aux angles nord-est et sud-est, à l'extérieur de la tour.
Autant le dire tout de suite, il ne faut pas s'attendre à voir des graffitis du type de ceux de Chinon ou de Gisors, et la hauteur à laquelle ils furent réalisés (environ 90 cm) inspire même à croire qu'ils sont le fait d'enfants. On voit mal quel intérêt aurait eut quiconque d'indiquer ainsi un emplacement à la vue de tous, en général ces choses sont bien cachées.
Angle Nord-Est
Face Est
Angle Nord-Est
Face Nord
Ces graffitis extérieurs que je reproduis ici ont déjà été relevés par Jacques Gorphe dans la brochure qu'il consacra à la Tour en 1993 aux Editions des Forges. Selon cet historien les cercles concentriques que l'on peut encore voir gravés à l'angle Sud-Est (face Sud) de la tour pourraient être une signature des ouvriers bâtisseurs et tailleurs de pierre qui oeuvrèrent à la construction de la tour. Ce symbole pourrait être mis en parallèle avec le symbole de l'univers que l'on trouve chez Sainte Hildegarde de Bingen (1098-1179).
Angle Sud-Est
Face Sud
Il rapproche les deux autres graffitis à la légende d'un éventuel trésor qu'on ne pouvait découvrir qu'à l'instant précis du Sanctus de la messe de minuit... Une légende donc proche de ces histoires de pierres qui tournent une fois dans l'année, souvent pendant la messe de Noël. Selon sa publication, les graffitis extérieurs évoqueraient le Sanctus... J'avoue personnellement ne pas avoir trouvé en quoi.
Ainsi qu'il est coutume de le dire il n'y a souvent pas de fumée sans feu... Alors si je ne puis me prononcer sur la présence éventuelle d'un trésor sur place (et de quelle nature?) il faut en fait savoir que la notion de graffitis se retrouve également A L'INTERIEUR de la tour... et que ces inscriptions intérieures sont probablement celles qui sont à la base de cette histoire de trésor. On relie toujours un trésor à L'Histoire. Or, ainsi que je l'ai indiqué plus haut, la Tour Moricq fut un temps utilisé comme prison. Bien des prisonniers ont ainsi gravés les murs de leur cellules (ici la référence à Chinon et Gisors est plus juste), et la tour porte visiblement ces témoignages du passé.
En 1982 au sein du bulletin n°102 de la Société Olona (4ème trimestre 1982), le Pasteur René Soëte publia une étude sur la Tour dont je reproduis ici quelques extraits :
Etude sur Port-Moricq
Pasteur René Soëte
Moric ou Moricq vient de la langue celtique. Il veut signifier : "un lieu près de la mer" (cf. Armorique = Bretagne)
Au Moyen-Age (...) Moric dépendait du Seigneur de Talmont. Le seigneur fit édifier une tour circulaire qui était entourée de remparts.
En 1450 (?), le Seigneur avait fait bâtir un châtelet sur les ruines moyen-âgeuses tout en conservant la tour circulaire.
Ce châtelet fut construit en pierres des Charentes de moyen appareil. Il ressemble au Fort Boyard.
1621-1714 : nous croyons que le châtelet, sous Louis XIII, Louis XIV, Louis XV fut une prison où étaient écroués les protestants-hommes.
On peut encore voir (les vandales ont inscrits des graffitis sur les pierres anciennes, gravées, sans respect pour le patrimoine) les noms gravés dans les murs de la salle du rez-de-chaussée et dans l'encadrement des fenêtres :
W.F. Dadre, 1668, "quy de la vie aspire du ciel"
W.P. Dadre, 1669, "son frère quy soupire après luy"
A côté apparaît une potence, avec ces mots : "La potence chemin du ciel... Dieu esprouve ses eslus"
Sur la fenêtre du couchant :
F. Dadre, 1694
P. Dadre, 1695 - 1696
28 années de captivité pour les calvinistes.
Josas Fabvre 1685, qui grava ces mots : "Dieu m'a enfin visité" I. Audigier - L. Proust - E. Giraudeau 1714
Cet E. Giraudeau, poitevin, qui faisait ses études de théologie pour devenir pasteur, fut incarcéré à la fin du règne de Louis XIV.
On trouve gravé sur la pierre deux coeurs enflammés : "Vive l'amour et Tharèze 1723" (époque de Louis XV), sans doute un prisonnier de droit commun? ou un amant?
Ces graffitis, assurément authentiques, ont peut-être inspirés quelques graveurs amateurs qui, plus tard, s'exercèrent sur les façades extérieures de la Tour. Si Jacques Gorphe reproduit les graffitis extérieurs dans sa brochure en 1993, le Pasteur René Soëte n'en fait rien dans le Bulletin de la Société Olona de 1982, seraient-ils donc apparus entre ces deux dates?
Rencontre avec un radiesthésiste
Ma visite à la Tour Moricq a été également l'occasion de rencontrer M. Olivier Richard, qui pratique la radiesthésie et qui a procédé à une approche des lieux à l'aide de son "tenseur". Ne faisons pas durer le suspense, M. Richard n'a pas conclut à la présence d'un trésor, encore qu'il soit tout de même plus pratique de savoir exactement ce que l'on recherche.
La radiesthésie peut permettre de retrouver des objets égarés, des personnes ou des animaux, ainsi que, et c'est là l'aspect le plus connu, détecter des sources comme beaucoup ont pu le voir faire. Nous avons tous l'image de la baguette de sourcier, en Y, utilisée pour trouver les points d'eau et souvent nécessaire à la construction d'un puits. Olivier Richard utilise lui un "tenseur" (bobber pour les anglo-saxons), ou une boule est reliée à un manche par une tige flexible mais néanmoins assez rigide. l'objet est tenu horizontalement contrairement au pendule qui, lui, tombe verticalement. Dans les deux cas, ce sont les oscillations que l'utilisateur interprète.
Cette méthode de détection radiesthésique est encore peu connue en France, mais plus répandue aux États-unis ou l'on s'en sert notamment pour pour la recherche de pétrole.

Olivier Richard
et son tenseur
Un tenseur
ou bobber