Le système Saunière, comment ça marche ?

      Cette étude sommaire n'aurait put se faire sans le fait que ces carnets aient été publiés et je remercie ici les chercheurs Octonovo et Pierre Jarnac pour ce geste qui permet à tout chercheur, même éloigné de Rennes-le-Château, de plonger dans la vie réelle (et bien insolite comme l'avait titré Gérard de Sède) de Bérenger Saunière.

 

I. Les carnets de comptabilité

      Ces carnets montrent les rentrées d'argent et les dépenses de l'abbé pour la période 1897-1915. Des feuillets précédents, issus du fond Corbu-Captier leur ont été ajoutés afin de porter la période couverte à 1895-1915. Je ne me suis à ce jour intéressé qu'a la colonne des rentrées, mais les dépenses ont certainement leurs propres vérités à révéler.

      Ces carnets de comptabilité paraissent déconcertants, car ils montrent des arrivées d'argent depuis une multitude de provenances différentes, réparties à travers toute la France, et même certaines à l'étranger. A la seule vue de la comptabilité on ne peut s'expliquer le mécanisme qui les amène. A partir de 1899 ces rentrées d'argent se multiplient jusqu'a atteindre un premier pic au cours de l'année 1900. Pour Saunière cette période constitue l'âge d'or de ce que l'on a retenu sous l'appellation du "trafic de messes" (trafic au sens propre veut dire commerce clandestin, illégal... au sens familier il désigne des activités mystérieuses). Mais plutôt que de m'interroger sur le bien-fondé de cette accusation j'ai cherché à comprendre s'il n'y avait pas dans cette multitude de source quelque région qui aurait été privilégiée parmi les sources, autrement dit quelque zone géographique qui aurait trouvé Saunière particulièrement sympathique et particulièrement digne de célébrer des messes alors qu'a l'époque il était peu de diocèse à manquer de prêtres...

      Cette étude porte donc sur 4 000 rentrées. Un reliquat de provenances incertaines demeure mais les résultats livrés par ces 4 000 rentrées sont largement significatifs de ce qu'est la répartition géographique des sources qui alimentèrent Saunière au cours de cette période. Ces 4 000 rentrées sont toutes hors du département de l'Aude, c'est à dire que Saunière les a obtenu par ce mécanisme mystérieux qui se révèle lui dans les carnets de correspondance. Toute rentrée en provenance de l'Aude n'est donc pas comprise dans cette étude.

 

      Classées par départements ces sources ne permettent pas de distinguer de zone particulièrement favorables, sinon peut-être une région sud-est assez proche de l'Aude, mais nous montre des départements isolés, parfois opposés (49-54), qui vont se révéler les plus enclins à envoyer des messes et de l'argent à Saunière. Mais la palme, à mon sens étonnante, revient à Paris - et de loin - car cette ville apparaît plus de 300 fois dans la compta ce qui lui donne largement la tête. Cette situation est entre autre due au fait que cette source est présente dans les carnets bien avant que ne s'organise le fameux trafic (Août 1899).

      Neuf départements apparaissent entre 150 et 200 fois dans les carnets ce qui, à la suite de Paris, en font les départements les plus rentables pour Saunière. Certains sont étonnants (49-54-59) car ils sont éloignés de Rennes-le-Château mais apparaissent de manière particulièrement régulière au cours des vingt années que couvrent les carnets.

 

 

 

      Dans certains cas comme avec les Soeurs de la Doctrine Chrétienne de Nancy ou les différents donateurs de Yzernay dans le Maine-et-Loire certains de ces départements sont représentés par peu de sources mais elles sont tellement régulières qu'elles apparaissent un nombre plus élévées de fois que plusieurs dans un autre département. Il s'agit en général de congrégations très favorables à Saunière.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      De 50 à 150 envois apparaissent quelques départements que l'on peut distinguer de ceux seront faiblement favorables à BS. Ces départements nous permettent d'eventuellement distinguer trois zones plus favorables, l'une Sud-Est allant de l'Hérault aux Alpes-Maritimes, une autre au Nord s'étendant du Pas-de-Calais à l'Aisne et une dernière enfin, à l'Est, de la Meurthe-et-Moselle à la Côte d'Or. Par ailleurs on peut souligner l'isolement du Maine-et-Loire et de la Gironde qui, pourtant, font partie des meilleures sources pour Saunière.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Une dernière catégorie de départements apparaissent, ceux dont on peut dire qu'ils ont faiblement répondus aux appels de BS, voire pas du tout.

 

 

     On notera, et peut-être s'en étonnera t-on, que certains départements, directement voisins de l'Aude (66-09-31) apparaissent parmi les derniers de la classe, alors que nous verrons avec l'étude de la correspondance qu'ils ont été "traités" en priorité. (On ne s'étonnera pas ici que l'Aude apparaisse en blanc, ses envois n'ayant pas été comptabilisé dans cette recherche.)

 

    Une animation de cette carte permettra à chacun d'y chercher une logique. voir la carte animée

 

 

 

II. Les carnets de correspondance

      Ces carnets sont à mon sens les plus instructifs pour la période 1897-1915. Ils permettent de comprendre bien des aspects de la vie de Bérenger Saunière et surtout sont un complément indispensable à la compréhension des carnets de comptabilité car ils montrent comment et pourquoi arrivent les messes.

      Par certains aspects ils sont stupéfiants. Ils montrent que les demandes de messes constituent l'activité principale de BS, qui passait probablement la plupart de son temps à en gérer les aspects : écrire les lettres, réceptionner les sommes d'argent, le tout en évitant de se recouper, je doute que Saunière échangeait une correspondance insignifiante avec ceux qui le finançaient, il devait accorder plusieurs heures par jour à cette seule activité.

 

      Une activité dont il est patent que sa hiérarchie est au courant déjà en 1901, j'entends donc sous l'épiscopat de Mgr Billard, puisqu'en mars et mai de cette année Bérenger Saunière consigne dans ses carnets ces deux "avis sur les honoraires" et "rappelle la limitation" qu'il reçoit de l'évêché de Carcassonne. Il semble ignorer le premier avis mais par contre s'exécute au second qu'il reçoit le 16 mai... pour 15 jours!... Au 1er juin il s'empresse d'expédier de nouveau des demandes de messes. Voila le type de détail piquant que l'on peut trouver au sein des pages des carnets de correspondance.

       J'ai parlé plus haut de "mécanisme" dont se servait Saunière pour se faire expédier ces messes depuis toute la France. La notion de "demande de messes" est omniprésente mais on note un décollage très net à partir de 1899, ou Saunière commence à voir les choses en grand. Ainsi on voit partir des demandes vers des congrégations situées dans des villes éloignées qui n'étaient pas démarchées auparavant. C'est l'apparition dans les carnets de correspondance de ces villes qui m'a permis de découvrir que la plupart du temps ces demandes qui se suivaient partaient tour à tour vers des départements selon une méthode d'ordre alphabétique. Quelqu'un qui userait d'un annuaire ne ferait pas autrement.

       L'idée que Saunière usait d'annuaires a déjà été répandue (l'auteur Franck Daffos notamment), le tableau que je présente le démontre. Nous avons même dans les carnets de correspondance la trace des commandes d'annuaires faites par Bérenger Saunière ainsi que la notification de leur réception. Ces achats et réceptions se font avant la période de lancement du trafic en grand puisqu'ils ont lieu au début de l'année 1899 en janvier, février et mars. Ils sont donc achetés dans ce but et seront destinés à cet usage. Si Saunière a "trafiquer", les carnets de correspondance nous livrent la clé du système qu'il va mettre en place.

 

20 janvier 1899

 

1er février 1899

 

6 février 1899

 

8 février 1899 (notons au passage que l'abbé semble apprécier le rhum..)

 

20 mars 1899

 

      Si Saunière au début de l'année 1899 cherche à se procurer des annuaires, nous allons comprendre à partir d'août de la même année à quoi ils vont lui servir. Car à partir d'août 1899 Bérenger Saunière va commencer à s'adresser à des congrégations et établissements éloignés, bien sûr pour demander les messes, et en démarchant ces congrégations département par département et dans l'ordre alphabétique.

 

Extrait de la correspondance pour août 1899 : l'Ain (01), l'Aisne (02), l'Allier (03)

sur un an les départements vont défiler dans l'ordre...

 

    Certains départements avaient fait l'objet de "démarchages" avant août 1899, ce sont les suivants :

 

09 Ariège 13 Bouches-du-Rhône
30 Gard 31 Haute-Garonne
32 Gers 33 Gironde
34 Hérault 40 Landes
47 Lot-et-Garonne 58 Nièvre
64 Pyrénées-Atlantiques 66 Pyrénées-Orientales
75 Paris 81 Tarn
82 Tarn-et-Garonne 83 Var

    L'apparition des autres départements dans les démarches de demandes de messes émises par l'abbé Saunière se répartit selon le tableau suivant :

 

      Ne nous y trompons pas, il s'agit là de demandes qu'expédie Saunière, et dont certaines resteront sans réponse ou avec une réponse négative. Il est intéressant de voir que la plupart des départements les plus favorables pour l'abbé dans la comptabilité sont issus de la période alphabétique des demandes, c'est à dire que Bérenger Saunière semble les avoir trouvés tout à fait au hasard.

      De la même façon que j'ai animé la carte des rentrées comptables j'ai animé ce tableau afin que la notion alphabétique d'apparition des départements soit plus frappante. voir le tableau animé

 

      Voila!... J'espère être parvenu à vous montrer combien les carnets de correspondance et de comptabilité de Bérenger Saunière peuvent être des pièces aidant à la compréhension de la vie du curé de Rennes-le-Château.

 

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