Rennes-le-Château chapitre vendéen

I

 

 

 

I. Présentation

 

 

Un mystère planétaire vu du bocage...

 

   Rennes-le-Château!... la Tour Magdala, la Villa Béthanie, la simple évocation de ce village et de ses bâtiments ouvre la porte sur l'un des plus formidables vivier de chercheurs de tous poils, tous passionnés par l'énigme posée par l'histoire de la plus célèbre figure du village : l'abbé François-Bérenger Saunière.

     Un mystère planétaire puisque ce curé et ce village sont à peu près connus sur tous les continents et ce grâce à la colossale production littéraire dont ils ont fait l'objet. Brièvement évoqué en premier par Robert Charroux dans Trésors du Monde (1962), c'est à Gérard de Sède que l'on devra le livre qui rendra célèbre ce petit village de l'Aude : L'or de Rennes (1967), réedité par la suite sous le titre Le trésor maudit de Rennes-le-Château. Enfin, un trio d'auteurs anglais, Henry Lincoln (voix de fond de la page), Richard Leigh et Michael Baigent commettront un livre qui fera connaître l'histoire de Bérenger Saunière à travers le monde : L'énigme sacrée (1983). Depuis, le sujet n'a pas cessé de passionner et notamment depuis les années 80 sont venus se greffer des fantasmes esoterico-religieux dont le célèbre Da Vinci Code de Dan Brown est la plus fantastique réussite commerciale. Le thème de Rennes-le-Château agit comme une sorte de matrice dont sort les travaux les plus divers, certains traités avec plus ou moins de sérieux, d'autres avec plus ou moins de rigueur dans la méthode.

     Il ne faut pourtant jamais perdre de vue que la base de l'énigme tourne autour de l'abbé Bérenger Saunière, curé du village de 1885 à Février 1909, date ou il démissionne, et qui en 1917 mourut en laissant un domaine et un ensemble de constructions dont on a bien du mal à comprendre d'ou vint le financement. Ainsi, pensa t-on, l'abbé aurait peut-être mis à jour un trésor important, voire fabuleux avant de penser qu'il avait découvert un troublant secret dont il aurait tiré ses profits... un secret d'état? de dynastie? d'église?... ou bien ou bien ou bien... et voici que déjà la matrice se met en marche...

     N'oublions donc jamais : ce qui pose problème au départ c'est la fortune du curé.

 

     Ce site est consacré à la Vendée, que viendrait donc y faire le curé de ce petit village de l'Aude, un peu "rabattu par les grolles" comme on dirait par chez nous? Tout simplement parce que, à la suite de la publication de ses carnets de correspondance et de comptabilité retrouvés et mis à disposition par le chercheur Octonovo, un certains nombres de communes vendéennes y figuraient. Ce dossier présente donc l'étude des "contacts" et sources vendéennes qui, parmi une multitude d'autres sources à travers la France, vont contribuer à l'aisance financière de Bérenger Saunière et donc à la naissance de l'énigme.

 

Bérenger Saunière comptable scrupuleux

 

 

     Pour la compréhension de cette partie de l'énigme il est bien pratique que le personnage principal ait tenu, 20 ans durant,

des carnets de correspondance et de comptabilité (1895-1915). Les deux dernières années 1915-1917 avaient auparavant fait l'objet d'une publication de Pierre Jarnac. Ces vingt années sont un véritable fil directeur de la vie de Saunière et leur authenticité ne fait aucun doute. C'est d'ailleurs un drame dans l'affaire qui nous intéresse : l'utilisation de faux documents ou la mise en avant de documents que personne n'a jamais vu et dont l'existence n'est donc pas démontrée, ainsi que l'interprétation à la sauce de chacun de pièces existantes, notamment des éléments de décorations de l'église de Rennes-le-Château.

   Des communes vendéennes apparaissent dans la comptabilité de Saunière, elles sont des points de sources d'ou arrivent de l'argent. Cet argent est envoyé à Bérenger Saunière par des congrégations religieuses ou des etablissements hospitaliers afin qu'il célèbre des messes. La pratique à l'époque est relativement courante. Ainsi découvre t-on au fil des pages des carnets du curé de Rennes-le-Château des envois et des échanges de correspondance avec les Soeurs des Sacrés Coeurs de Jésus et Marie de Mormaison, les Ursulines de Chavagnes-en-Paillers, les hopitaux de La Chaize-le-Vicomte ou de la Roche-sur-Yon entre autres. Plus tard, au fil des années, on voit apparaître de simples paroissiens qui à leur tour, régulièrement, envoi de l'argent à Saunière pour qu'il célèbre des messes. Autant le dire tout de suite, les amateurs d'énigmes à la da Vinci ne trouveront rien d'intéressants dans les papiers et l'histoire de ces congrégations... Ces religieuses, ces paroissiens ne connaissent pas Rennes-le-Château. Ils vont faire ces envois en réponses à des demandes formulées par l'abbé Saunière lui-même, la correspondance nous le révèle. Ce système de demandes de messes exploité par le curé de Rennes-le-Château conduira à son procès ecclésiastique pour trafic de messes. Bérenger Saunière à son procès ne produira jamais les carnets dont il est question ici et on le comprend : des centaines de pages remplies de demandes et d'envois de messes depuis toute la France surtout à partir de 1899 et jusqu'à leur fin.

   Comment donc un abbé d'un diocèse aussi éloigné que celui de Carcassonne va t-il parvenir à obtenir des commandes de messes et donc des envois d'argent depuis Mormaison ou La-Chaize-le-Vicomte en 1900 et un diocèse, celui de Luçon, ou à l'époque on est loin de manquer de prêtres pour les célébrer! C'est là la clé d'un mystère qui nous permettra peut-être de comprendre comment par la suite de nouveaux envois parviendront à l'abbé depuis Luçon ou encore Bouin ou l'on trouve une correspondante qui deviendra même un fournisseur pour Saunière... Et pour viser encore plus large que la simple Vendée départementale, les Mauges de la "Vendée Militaire" envoient des dons nombreux et établis entre 1901 et 1915!... Cholet, Yzernay, Maulévrier, Les Cerqueux envoient des dons non négligeables!

   Voici donc le "chapitre vendéen" de l'énigme de Rennes-le-Château...

 

   Comment, en cette fin du XIXe siècle et au début du XXe, alors que l'on ne dispose pas des moyens d'aujourd'hui peut-on toucher depuis l'Aude un ensemble de donateurs potentiels répartis sur toute la France et donc en Vendée?... On pourrait croire que Bérenger Saunière a utilisé la presse de son époque pour obtenir des commandes de messes, ou pour le moins passer des annonces. Par ailleurs il vend et achète des cartes et des timbres de collection. La parution répétée d'une annonce dans un journal a t-elle suffit par exemple a faire venir des dons depuis les Soeurs de Mormaison?... Ou y a t-il autre chose, autre chose comme une confrérie, une société religieuse à laquelle aurait appartenu l'abbé et qui faisait de "l'entraide entre membres" et rabattait vers Saunière des dons de toute la France. La correspondance de l'abbé nous ouvre des pistes moins romantiques : l'utilisation d'annuaires dont on trouve trace des commandes et réceptions par Saunière avec l'aide desquels il va démarcher la France religieuse de l'époque, département par département. Une exploitation qui commencera ainsi à grande échelle en août 1899. Le curé de Rennes-le-Château démarche les départements suivant l'ordre alphabétique, scrupuleusement et ses carnets de correspondance le montre. La Vendée n'apparaît donc pas tout de suite avec l'Ain (01), l'Aisne (02) ou l'Allier (03), mais un an plus tard, en août 1900. On aurait pu penser d'ailleurs que Bérenger Saunière, ardent monarchiste et catholique fervent ait cherché à démarcher ce département de la Vendée (85) auquel on a toujours prêté ces sympathies mais il n'en fut rien, il ne le démarche que selon l'ordre alphabétique, en même temps que la Vienne (86) ou encore les Vosges (88) et l'Yonne (89).

     C'est ainsi que les congrégations et établissements vendéens vont connaître Saunière et que certains d'entre eux vont répondre positivement à ses demandes. Par la suite, les paroissiens isolés comme l'écrivain Maria Thomazeau, de Bouin, seront mis en relation avec l'abbé probablement à partir d'annonces passées dans la presse catholique puisque l'on sait avec assurance que l'abbé en passa notamment pour se faire expédier des cartes postales.

 

Ensemble des sources vendéennes présentes dans les carnets de Saunière :

 

Hôpital civil de Challans BS expédie une demande de messes le 16 août 1900
Soeurs de l'Union Chrétienne, Fontenay-le-Comte demande de messes le 17 août 1900
Ursulines de Jésus, Chavagnes-en-Paillers demande de messes le 18 août 1900
M.T.S (?) Charité de La Roche demande de messes le 30 août 1900
Hôpital de Bouin demande de messes le 18 octobre 1900
Hôpital civil La Chaize-le-Vicomte

demande de messes le 19 octobre 1900

Bs reçoit un envoi de messes le 8 novembre 1900

Accusé de réception envoyé le 9

Nouvelle demande de BS le 12 février 1901

Nouvelle demande le 19 juillet 1901

Nouvelle demande le 12 juillet 1902

Hôpital civil et militaire, La Roche-sur-Yon demande de messes le 20 octobre 1900
Hôpital civil et militaire, Les Sables d'Olonne demande de messes le 20 octobre 1900
Soeurs des Sacrés-Coeurs de Jésus et Marie Mormaison, Vendée

BS reçoit un envoi de messes le 5 novembre 1900 (notez ici que cet envoi, comme les 3 suivants, ne répondent pas à une demande directement formulée aux Soeurs de Mormaison mais probablement transmise par l'un des établissements mentionnés ci-dessus)

Accusé de réception le 6 novembre 1900.

2ème envoi de messes reçu le 8 décembre 1900

Accusé de réception envoyé le 10

3ème envoi reçu le 7 août 1901

Accusé de réception le 8

4ème envoi reçu le 18 septembre 1901

Accusé de réception le 19

demande expédiée par BS le 28 janvier 1902

5ème envoi reçu le 10 avril 1902

Accusé de réception le jour même

6ème envoi reçu le 4 mai 1902

Accusé de réception le 5

Nouvelle demande le  8 août 1902

7ème envoi reçu le 17 août 1902

Accusé de réception le 19

Nouvelle demande le 13 novembre 1902

Nouvelle demande de messes (BS note 3ème) le 13 juillet 1903. Les Soeurs de Mormaison désormais ne feront plus d'envoi.

Maria Thomazeau, Bouin

De toute évidence le contact le plus régulier de BS en Vendée. Cette particulière, qui écrivit plusieurs ouvrages notamment a destination des enfants (Mémoires d'un chat) et dont l'un sera préfacé par Théodore Botrel semble avoir été mis en contact avec BS lorsque celui-ci cherchait à recueillir des cartes pour sa collection. Elle apparaît en effet dans les carnets le 5 mai 1907 avec un premier envoi de cartes. Par la suite elle apparaîtra toujours régulièrement dans les carnets de BS.

Le chercheur Christian Doumergue a recensé 275 lettres émises par Maria Thomazeau vers BS entre le 5 mai 1907 et le 9 janvier 1917, soit deux semaines avant le décès du curé de Rennes-le-Château. "Pour l’essentiel, il (BS) ne consigne que des échanges relatifs aux demandes de messes… ou à des travaux de broderies que Maria réalisait pour le prêtre… voire à des envois de cartes postales pour sa collection."

J'ai pu constater dans des copies des carnets BS la présence de ces envois.

B. de Guinebauld, Luçon Apparaît dans la correspondance le 19 septembre 1911 signifiant un accusé de réception à BS en réponse à un envoi que je n'ai pas identifié.

 

   N.B. : Ce tableau ne tient pas compte des années 1904 et 1905 que je n'ai pas pu consulter, par ailleurs quelques sources peuvent être manquantes compte tenu du mauvais état de copie de certaines années.

     On notera que sans conteste les deux sources les plus prolifiques que trouva Saunière en Vendée sont les Soeurs de Mormaison et surtout Maria Thomazeau, de Bouin.

 

      Je remercie Laurent Octonovo et Johan Netchacovitch pour leur aide dans mes recherches sur le sujet.

 

Page 2 - Sources vendéennes

Page 3 - Yzernay

Page 4 - Le "Système" Saunière

 

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