Un mystère planétaire vu du bocage

     

     

 

      Rennes-le-Château!... la Tour Magdala, la Villa Béthanie, la simple évocation de ce village et de ses bâtiments ouvre la porte sur l'une des plus formidables aventure du XXème siècle, la quête du fabuleux trésor de l'abbé Bérenger Saunière, curé de Rennes-le-Château de 1885 à 1917, la quête d'une verité qui s'amuse à vous fuir comme elle vous approche et alimente les rêves d'un nombre toujours grandissants de passionnés.

      Ce site est consacré à la Vendée, que viendrait donc y faire le curé de ce petit village de l'Aude, un peu "rabattu par les grolles" comme on dirait par chez nous?  Tout simplement parce que, à la suite de la publication de ses carnets de correspondance et de comptabilité retrouvés et mis à disposition par le chercheur Laurent Buchholtzer (Octonovo), un certains nombres de communes vendéennes y figuraient. Ce dossier présente donc l'étude des "contacts" et sources vendéennes qui, parmi une multitude d'autres sources à travers la France, vont contribuer à l'aisance financière de Bérenger Saunière et donc à la naissance de l'énigme.

 

 

Bérenger Saunière, comptable scrupuleux

      Pour la compréhension de cette partie de l'énigme il est bien pratique que le personnage principal ait tenu, vingt ans durant, des carnets de correspondance et de comptabilité (1896-1915). Les deux dernières années 1915-1917 avaient auparavant fait l'objet d'une publication en 1997 de Pierre Jarnac (Collection Couleur Ocre). Ces vingt années sont un véritable fil directeur de la vie de Saunière et leur authenticité ne fait aucun doute. C'est d'ailleurs un drame dans l'affaire qui nous intéresse : l'utilisation de faux documents ou la mise en avant de documents que personne n'a jamais vu et dont l'existence n'est donc pas démontrée.

 Surprise pour moi à l'époque de la mise en ligne de cette comptabilité : des communes vendéennes y apparaissent. Elles sont des points d'ou arrivent de l'argent et leurs sources en sont des congrégations religieuses ou des établissements hospitaliers afin que le curé de rennes-le-Château célèbre des messes. La pratique à l'époque aurait été relativement courante. Ainsi découvre t-on au fil des pages des carnets de l'abbé des envois et des échanges de correspondance avec les Soeurs des Sacrés Coeurs de Jésus et Marie de Mormaison, les Ursulines de Chavagnes-en-Paillers, les hôpitaux de La Chaize-le-Vicomte ou de la Roche-sur-Yon entre autres. Plus tard, au fil des années, on voit apparaître de simples paroissiens qui à leur tour, régulièrement, envoi de l'argent à Saunière pour qu'il célèbre des messes. Parmi ces gens, Maria Thomazeau, originaire de Bouin, entretiendra avec Bérenger Saunière une correspondance assidue de dix ans de 1907 à la mort de l'abbé en janvier 1917.

 

      Comment, en cette fin du XIXe siècle et au début du XXe, alors que l'on ne dispose pas des moyens d'aujourd'hui peut-on toucher depuis l'Aude un ensemble de donateurs potentiels répartis sur toute la France et donc en Vendée?... On pourrait croire que Bérenger Saunière a utilisé la presse de son époque pour obtenir des commandes de messes, ou pour le moins passer des annonces. Ce fut ma première idée mais la correspondance allait révéler de la manière la plus éclatante la manière, le système, que Saunière utilisa pour mettre sur pied ce que sa hiérarchie allait un jour lui reprocher : le trafic de messes.

       En effet, à partir de 1899 l'abbé Saunière se met à se procurer des annuaires ecclésiastiques (annuaires du clergé etc.) et "démarchent" les congrégations et maisons tenues par des religieux en suivant l'ordre alphabétique des départements. La Vendée n'apparaît donc pas en août 1899 avec l'Ain (01), l'Aisne (02) ou l'Allier (03), mais un an plus tard, en août 1900. C'est ainsi que les congrégations et établissements vendéens vont connaître Saunière et que certains d'entre eux vont répondre positivement à ses demandes. Maria Thomazeau, qui apparait elle à partir de mai 1907 à l'occasion d'un envoi de carte postale a probablement été mis en contact avec l'abbé par le biais d'une annonce (Bérenger Saunière ne semble pas avoir publié des annonces mais certains de ces correspondants zélés semblent l'avoir fait pour lui.).

 

Ensemble des sources vendéennes présentes dans les carnets de Saunière :

 

Hôpital civil de Challans BS expédie une demande de messes le 16 août 1900
Soeurs de l'Union Chrétienne, Fontenay-le-Comte demande de messes le 17 août 1900
Ursulines de Jésus, Chavagnes-en-Paillers demande de messes le 18 août 1900
M.T.S (?) Charité de La Roche demande de messes le 30 août 1900
Hôpital de Bouin demande de messes le 18 octobre 1900
Hôpital civil La Chaize-le-Vicomte

demande de messes le 19 octobre 1900

Bs reçoit un envoi de messes le 8 novembre 1900

Accusé de réception envoyé le 9

Nouvelle demande de BS le 12 février 1901

Nouvelle demande le 19 juillet 1901

Nouvelle demande le 12 juillet 1902

Hôpital civil et militaire, La Roche-sur-Yon demande de messes le 20 octobre 1900
Hôpital civil et militaire, Les Sables d'Olonne demande de messes le 20 octobre 1900
Soeurs des Sacrés-Coeurs de Jésus et Marie Mormaison, Vendée

BS reçoit un envoi de messes le 5 novembre 1900

Accusé de réception le 6 novembre 1900.

2ème envoi de messes reçu le 8 décembre 1900

Accusé de réception envoyé le 10

3ème envoi reçu le 7 août 1901

Accusé de réception le 8

4ème envoi reçu le 18 septembre 1901

Accusé de réception le 19

demande expédiée par BS le 28 janvier 1902

5ème envoi reçu le 10 avril 1902

Accusé de réception le jour même

6ème envoi reçu le 4 mai 1902

Accusé de réception le 5

Nouvelle demande le  8 août 1902

7ème envoi reçu le 17 août 1902

Accusé de réception le 19

Nouvelle demande le 13 novembre 1902

Nouvelle demande de messes (BS note 3ème) le 13 juillet 1903. Les Soeurs de Mormaison désormais ne feront plus d'envoi.

Maria Thomazeau, Bouin

De toute évidence le contact le plus régulier de Saunière en Vendée. Cette particulière, qui écrivit plusieurs ouvrages notamment a destination des enfants (Mémoires d'un chat) et dont l'un sera préfacé par Théodore Botrel semble avoir été mis en contact avec BS lorsque celui-ci cherchait à recueillir des cartes pour sa collection. Elle apparaît en effet dans les carnets le 5 mai 1907 avec un premier envoi de cartes. Par la suite elle apparaîtra toujours régulièrement dans les carnets de BS.

Le chercheur Christian Doumergue a recensé 275 lettres émises entre Maria Thomazeau et Bérenger Saunière entre le 5 mai 1907 et le 9 janvier 1917, soit deux semaines avant le décès du curé de Rennes-le-Château. "Pour l’essentiel, il (BS) ne consigne que des échanges relatifs aux demandes de messes… ou à des travaux de broderies que Maria réalisait pour le prêtre… voire à des envois de cartes postales pour sa collection."

J'ai pu constater dans des copies des carnets BS la présence de ces envois.

B. de Guinebauld, Luçon Apparaît dans la correspondance le 14 janvier 1911 (envoi de messes) depuis Provins, puis Joigny, sa correspondance (une soixantaine d'échanges) est postée depuis Luçon à partir de septembre 1914.

 

      J'avais pensé, à la vue des seuls carnets de comptabilité qui ne contiennent que les rentrées d'argent, que la Vendée avait été peu exploitée par Bérenger Saunière... la correspondance indique elle le contraire, le département est correctement exploité mais les hôpitaux et congrégations contactés sont en fait peu favorables aux demandes de l'abbé : cette première salve d'août 1900 n'amène aucune réponse:

 

     

      Qu'a cela ne tienne!... l'abbé essaie de nouveau, cette fois-ci en octobre 1900 de trouver des sources en Vendée. Les demandes partent alors vers l'hôpital de Bouin, celui de La Chaize-le-Vicomte, et les hôpitaux civils et militaires de La Roche sur Yon et des Sables d'Olonne. Puis c'est Mormaison et les Soeurs des Sacrés-Coeurs qui sont approchées à la même période.

 

 

 

     Depuis Mormaison, les Soeurs répondent une première fois favorablement en décembre 1900.

Les Soeurs des Sacrés Coeurs de Jésus et Marie apparaîtront en tout et pour tout 7 fois dans les carnets de comptabilité. En août et septembre 1901, deux envois parviendront pour une seule demande, postée par Bérenger Saunière le 30 juillet 1901. Les soeurs de Mormaison répondent une première fois, lettre reçue à Rennes-le-Château le 7 août, 50,00F donc probablement 50 messes puisque Saunière écrit qu'il s'agit d'envoi de messes et accusé de réception signifié le 8.

     L'abbé reçoit un nouvel envoi fait depuis Mormaison le 18 août 1901 (la compta indique 35,00F) et signifie l'accusé de réception le jour même.

 

Mormaison,

la maison-mère

vue d'ensemble

 

 

     Parmi les carnets de BS, l'indication que son contact à Mormaison est bien la Supérieure Générale (S.G) Soeur St Bernardin :

 

      Il faudrait connaître le contenu des courriers expédiés par Bérenger Saunière pour comprendre sur quels critères le curé de Rennes-le-Château a pu convaincre ces congrégations éloignées de bien vouloir lui commander ces messes, car évidemment les demandes de l'abbé ne se limitent pas à la Vendée mais à la France entière dont plusieurs départements sont ciblés de la même manière. Le Maine-et-Loire voisin va par exemple figurer parmi les départements les plus rentables pour l'abbé. Quelque fois même, les envois proviennent de l'étranger.

 

      J'ai mené une étude particulière sur le trafic de messes mis en place par Bérenger Saunière en 1899. Je la propose ici à titre de contribution au dossier : Le système Saunière, comment ça marche?

 

 

Maria Thomazeau (1860-1918)

     

      Maria Thomazeau, femme de lettres, apparaît dans les carnets de correspondance de Bérenger Saunière à partir du 5 mai 1907 à l'occasion d'un envoi de carte. C'est le début d'une relation épistolaire qui durera 10 ans jusqu'à la mort du prêtre en janvier 1917 et génèrera près de 300 courriers échangés entre Bouin et Rennes-le-Château. Mon étude à son sujet est en cours (2010) et j'apporterais un éclairage sur cette relation particulière dés que possible.

 

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