Cherché souvent, approché parfois, trouvé jamais. devise du trésor ?

Le trésor perdu

du Roi

de la Vendée

 

 

III. Quelques pistes

 

   

 

   

    Les 13 localisations que donnaient Didier Audinot étaient les suivantes :

 

Legé (44) Belleville-sur-Vie
Le Bois du trésor (Belleville-sur-Vie) L'abbaye du Val-de-Morière
Chavagnes-en-Paillers Château et Bois des Gâts (Dompierre-sur-Yon)
Forêt de Gralas (refuge) Saint-Denis-la-Chevasse
Sainte-Flaive-des-Loups (château du Lierre) Montorgueil (Le Poiré-sur-Vie)
La Chaize-le-Vicomte (forêt de la Chaize) Luçon
Palluau

 

    Toutes ces pistes sont developpées dans Trésors et Détections n°36 ainsi que dans les livres de Didier Audinot consacrés aux trésors des guerres de Vendée.

       Se mettre sur la piste du trésor de Charette, c'est aussi et surtout l'occasion de découvrir le pays du général. Cela peut même parfois être le prétexte à de sympathiques balades. En voici quelques-unes qui essayent de regarder l'énigme de façon inédite. N' hésitez pas à passer voir de temps en temps : cette page sera actualisée chaque fois que de nouvelles pistes pourront apparaître ou que d'autres seront fouillées.

 

La foret de Gralas

 

   

    Beaucoup de traditions, nous l'avons vu, placent le trésor de Charette dans la foret de Gralas au sud des Brouzils et ce en rapprochement de l'abandon du refuge par le chef vendéen et ses partisans pressés par les républicains. Cet épisode s'étant déroulé en 1794 lors de la première guerre de Vendée elle ne concerne en aucun cas les louis débarqués sur les plages vendéennes en août 1795. Pourtant, en parcourant les ouvrages d'historiens spécialisés sur les guerres de Vendée ou les biographes de Charette on trouve bien l'un d'eux, l'abbé Deniau, qui dans le 5ème tome de son Histoire de la Vendée nous signale Charette dans son dernier mois de liberté, aux abords même de la foret de Gralas.

    Si l'on en croit l'abbé Deniau, ce n'est pas au refuge que Charette serait revenu, mais dans le village de La Parnière ou il fit enfermer des enfants suspects durant trois jours. La situation de ce village est nettement plus au sud que le refuge dont, précisons-le bien, on n'est jamais parvenu à déterminer l'emplacement précis. Il n'y aucun moyen pour valider l'emplacement du refuge tel qu'il se visite aujourd'hui. Il n'est pas impossible que Charette ait utilisé un camp situé plus au sud dans la foret, peut-être non loin de ce village de La Parnière. Les étangs que l'on trouve auprès du refuge actuel sont des aménagements récents mais ils nous rappellent que pour installer un camp, un point de vie, il faut toujours se positionner à proximité de points d'eau. A déterminer donc si, plus au sud dans la foret, des points d'eau pouvaient exister par le passé, comme il en existe aujourd'hui.

 

  

    Si l'on observe une carte récente de la partie sud de la forêt, celle ou justement figure ce village de La Parnière, on s'aperçoit qu'il existe effectivement plusieurs points d'eau et que certains d'entre eux pouvaient se trouver, à l'époque de Charette, à l'intérieur de la foret si certaines parties ont été défrichées depuis.

    Alors, Charette avait-il oui ou non un camp régulier dans cette partie de la forêt? il y a au moins le témoignage de l'abbé Deniau pour nous apprendre que le chef vendéen connaissait très bien les lieux au point d'utiliser des bâtiments de La Parnière avant que Travot ne l'en déloge... cette piste est intéressante car elle concerne  le dernier mois de l'épopée de Charette, un dernier mois durant lequel ont pu se produire des enfouissements de valeurs ou de matériel excédentaire.

 

    Avant de quitter la foret de Gralas il faut préciser que cet endroit a quelques fois été utilisé par des "arcasineurs", escrocs au trésor de la fin du XVIIIème et de tout le XIXème siècle, utilisant pour tenter d'appater leurs victimes des courriers connus depuis sous le nom de lettres de Jérusalem, du fait que celles-ci étaient alors entreposées dans les locaux de la police, rue de Jérusalem à Paris.

 

 

 

 

Et Fonteclose ?

 

  

   La résidence de Charette, au moment ou débuta l'insurrection vendéenne, était le manoir de Fonteclose, au nord de la Garnache. Ce bâtiment ne fut pas mis à sac par les troupes républicaines comme le furent les châteaux et résidences des principaux chefs vendéens comme Henri de Larochejacquelein, Bonchamps ou Lescure. Charette eut-il l'occasion de retourner à Fonteclose après son départ le 14 mars 1793 ? Rien ne l'établit mais il est tout à fait étonnant de le retrouver, selon Bittard des Portes, à deux reprises fin février et début mars 1796 à proximité immédiate de son ancien manoir, une fois à la Bironnière, commune de Froidfond et l'autre à la Grossetière, commune de Challans.

     A chaque fois Travot disperse les maigres rassemblements que le chef vendéen tente d'organiser.

      Nous sommes toujours dans ce dernier mois de liberté pendant lequel tous les endroits fréquentés par Charette doivent être considérés comme des pistes potentielles.

   Vieille Fonteclose est un domaine privé ou désormais s'élèvent deux chateaux de construction plus tardive que le manoir originel. En compagnie d'un groupe d' "enfants de Charette", j'ai eu le privilège d'entrer dans ce domaine et d'approcher le manoir, dans la cour même ou le chevalier fut réclamé par les paysans des alentours. C'est un lieu véritablement hautement chargé d'histoire que l'on n' approche pas sans émotion. Je remercie ici M. Baudry d'Asson pour son bon accueil ainsi que Les Enfants de Charette pour l'organisation de cette journée mémorable.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les Enfants de Charette à Fonteclose en mars 2006.

Un chercheur de trésors s'est glissé parmi eux...

tout de bleu vêtu (quelle faute de goût pour la circonstance!)

 

 

La bataille de la Bégaudière

 

   Parce qu'elle se situe directement après l'abandon du camp de Montorgueil, la bataille du 21 février 1796 qui s'est déroulée aux abords du village de La Bégaudière revêt une importance capitale.

      La bataille dont il est question ici a été, selon les historiens et les chroniques, appelée bataille des Brouzils, de la Chambaudière ou de la Bégaudière. Elle ne doit en aucun cas être confondue avec le combat des Brouzils du 11 janvier 1794 où Charette reçut une blessure au bras et qui vit s’affronter, en lisière de la foret de Gralas des forces beaucoup plus considérables.

      Le 21 février 1796, à neuf heures du matin, s’engage le dernier combat d’ampleur de Charette, aux alentours du village de la Bégaudière où il se trouve alors, sur la commune de Saint-Denis-la-Chevasse.

      La veille, 20 février 1796, il se tient encore à Montorgueil, petit village du Poiré-sur-Vie où l’on a quelques fois cherché son trésor, d’où il signe une lettre qu’il expédie à Stofflet pour le féliciter de sa reprise d’armes. C’est très probablement afin de faire la jonction avec le général angevin que Charette quitte ainsi Montorgueil et entame alors, sans le savoir, son dernier mois de liberté. Le parcours de ce dernier mois est assez flou, mais on sait avec assurance qu’il débute avec ce combat de la Bégaudière. Il est tout à fait possible qu’une partie de la trésorerie des royalistes suivait encore la mince troupe de Charette, d’où l’intérêt de refaire derrière le général l’itinéraire de ses derniers partisans.

     J’ai tenté de retrouver les lieux de cet accrochage en commençant par bien faire la distinction entre deux villages du nom de la Bégaudière, situés sur les communes de Saint-Sulpice-le-Verdon et Saint-Denis-la-Chevasse, distants l’un de l’autre d’environ 4 kilomètres. C’est au second que se trouvaient les royalistes au matin du 21 février 1796, dans le pays même ou Charette, connaissant chaque taillis, livrera sa dernière course un mois plus tard. Le choc va opposer 150 à 200 royalistes, à une colonne républicaine composée de 400 grenadiers dirigés par l’adjudant-général Travot.

     Hyacinthe de la Robrie, l’un des plus fidèle officier de Charette et le dernier survivant d’une lignée de trois frères qui s’illustrèrent à ses côtés, détaché avec quelques éclaireurs en reconnaissance aperçoit la troupe républicaine en provenance du nord et de Saint-Sulpice-le-Verdon.

 

 

    Informant son chef il se retrouve chargé avec l’avant-garde de faire barrage aux hommes de Travot. Cette rencontre se fera à hauteur du moulin de Chevasse ou le combat s’engage immédiatement. Ce moulin a aujourd’hui disparu du paysage, mais des contacts locaux m’ont permis de localiser l’endroit ou il s’élevait entre les villages de la Boulaye et de la Grande Chevasse. Ce moulin à vent apparaît sur les cartes de Cassini, appelé moulin de la Chabotterie du nom du château proche près duquel Charette sera capturé un mois plus tard. Le cadastre napoléonien montre qu’il s’agit bien du moulin de Chevasse. Certains anciens ont même connus, du temps de leur enfance, l’embase circulaire du moulin, permettant ainsi de localiser la parcelle avec précision. Rien ne subsiste, même si quelques pierres de silex, dispersées par les labours réguliers témoignent encore de la présence passée de ce bâtiment et probablement de sa meule. Il se trouvait situé sur une légère butte.

 

 

 

Suivez la flèche, là se trouvait le moulin de Chevasse

où s'engagea le combat (zone située au sud de St Sulpice)

 

 

  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La même zone sur les cartes d'époque

Charette est alors à la Bégaudière

 

    

Balles de plomb, trouvailles typiques des champs de bataille.

C'est un projectile similaire qui tua le frère de Charette.

 

 

    Outre l’évènement historique que constitue le combat qui se déroula aux alentours les abords d’un moulin sont toujours des lieux intéressants à prospecter compte tenu du repère évident qu’ils représentaient dans le paysage et généralement du fait qu’il s’agissait de bâtiments isolés, régulièrement balayés par les vents d’où leurs emplacements choisis.

 

   Le déroulement de la bataille tourne en faveur des républicains et les vendéens sont repoussés sur le village de la Bégaudière. C’est au cours de ce retrait qu’est tué le frère aîné de Charette, Louis-Marin Charette, blessé mortellement par une balle qui lui traverse le corps. Talonnés par les hussards, les vendéens tentent d’organiser une résistance désespérée dans le village mais la fuite s’impose vite comme seule alternative de survie. Une trentaine de royalistes sont massacrés dans la place.

     Après avoir traversé en désordre le village de la Bernerie, les autres tentent de gagner les fourrés situés au nord, sur l’autre rive de l’Issoire et trouvent refuge dans les bois de la Pilorgère et ceux des Bruyères au sud du bourg de L’Herbergement. Il s’agit de ces boqueteaux dont le pays est semé, sans doute plus vastes à l’époque, avant que des parties n’en soient défrichées ou modifiées par les remembrements. Certains conservent peut-être encore dans leur sol quelques souvenirs de ces évènements.

   Ces trois villages, qui existent toujours, montrent sur la carte l’éclatement des troupes de Charette qui lui, selon les historiens, serait parvenu avec quelques-uns des siens à gagner les bois de Grammont, situés à environ 12 kilomètres à l’ouest de la Bégaudière. Des bois et fourrés qu’il gagnera à pied, ayant perdu son cheval dans la bataille comme l’adjudant républicain Vergès nous en donne le détail dans une lettre adressée à un parent :

 

   Nous manquâmes Charette cadet (le général) de bien peu de chose ; il ne doit son salut qu’au mauvais chemin où nous étions et au retard que nous mimes à sabrer toute sa cavalerie.

   Voyant qu’il allait subir le même sort, il descendit de cheval et se sauva tête nue dans le bois, car nous avions déjà son chapeau à l’Henri IV avec une grosse fleur de lys formant le nœud de sa cocarde blanche. Mon détachement était presque tout monté avec ses chevaux. Moi je me trouve maintenant aussi monté fort bien aux dépens de Charette. 

 

   Ici, au travers du personnage de Jean-Marie Vergès, l’Histoire semble vouloir faire un clin d’œil ironique. Ce soldat servira avec un zèle égal les régimes qui durant trente ans vont se succéder en France : République, Empire et Monarchie restaurée. Nommé Général de Brigade en 1806 après un comportement héroïque à Iéna il deviendra même Baron de l’Empire. En 1825 il sollicitera et obtiendra de Charles X le grade de Lieutenant-Général honoraire. De ce même grade dont Charles X, alors Comte d’Artois, gratifia Charette en 1795 depuis son exil d’Angleterre.

 

Jean-Marie Vergès

 

   Dans ce même courrier, l’adjudant Vergès précise que des louis d’or furent récupérés sur les cadavres fouillés (cf. Trésors et Détections n° 87), que l’on tentera en vain de faire identifier par des femmes prisonnières.

      La bataille de la Bégaudière scelle la fin de la troupe organisée de Charette. A son terme, Hyacinthe de la Robrie et quelques officiers de renom comme Guérin ou Le Couvreur se rendent et sont transférés à l’écart des zones de combat.

      Je tiens à remercier J.-B. Piveteau qui m'a permis de localiser la parcelle ainsi que les propriétaires et exploitants de Petite Chevasse et de la Boulaie qui m'ont aimablement autoriser a l'arpenter en long et en large sous le vent qui jadis y faisait tourner les ailes du moulin.

 

A suivre...

 

Page 1 - Présentation

Page 2 - Histoire des recherches

Retour Sommaire