Le trésor perdu

du Roi

de la Vendée

 

 

 

 

II. Histoire des recherches

 

 

Traditions

 

   Comme nous l'avons vu a la fin du dossier de présentation la commission chargée d'interroger le prisonnier Charette s'est tout de suite intéressée de savoir où le général vendéen avait pu cacher les fonds qui lui furent livrés par la flotte anglaise, ainsi que ce qu'il pouvait en rester. La rumeur publique va faire de même et très vite vont apparaître des histoires de localisations du trésor que la tradition a porté jusqu'à nous. L'Histoire, qui elle ne se nourrit que de documents et de pièces irréfutables, peut-elle nous éclairer sur le bien-fondé de ces récits? Dans certains cas oui, dans d'autres elle laisse planer le doute sur des histoires qu'on vous assurera authentiques au détour des chemins creux du pays.

 

     Assez vite des histoires vont circuler notamment au sujet d'anciens membres de l'armée de Charette étant parvenus a retrouver le trésor et bien sur à se l'accaparer. Une hypothèse qui est toujours d'actualité et qui peut être encore recueillie de nos jours.

     Paru en Janvier 1979 dans la revue Historia n° 386 un article de Valentin Roussière intitulé "Qui a trouvé le trésor de Charette ?" les rassemblait. Il servit de base à de nombreux chercheurs, notamment pour ce qui les amenèrent dans la forêt de Gralas auprès du célèbre refuge dont on peut aujourd'hui visiter la reconstitution. Valentin Roussière citait notamment le docteur Ribereau auprès duquel il avait lui même recueillit le récit suivant :

 

 

J'ai revécu là  ( dans la forêt de Gralas - ndla ), disait le docteur, la débâcle de Charette en 1795 : une seule fois une troupe avait trouvé et donc forcé le Refuge : or, voici que les postes isolés se repliaient de partout sur la lisière de la forêt.

"- Les Bleus! les Bleus! Sauvez-vous! Sauvez-vous! Ils sont trop nombreux! Un traître les guide..."

Quel branle-bas, mon Dieu! Et les charrois qui ne pouvaient quitter le Refuge, le seul chemin carrossable étant coupé. Au milieu des soldats qui s'affolaient, Charette cependant donnait des ordres! Les cavaliers hissaient à qui mieux mieux les munitions, le linge, les papiers dans des sacs noués deux à deux sur le dos des chevaux comme des meuniers revenant, chargés, au moulin.

"- Général, qu'allons nous faire des deux caisses d'or? demanda à voix basse l'officier trésorier."

Charette regarda longuement deux caisses de bois, du gabarit de celles que les diligences emportaient sur les routes de France, si solides avec les lames de fer qui les bordaient et les quadrillaient : il reconnut deux caisses que l'Angleterre avait débarquées à Saint-Jean-de-Monts avec des caisses d'armes.

"- La ferrure est solide et l'or ne pourrit pas, jeta-t-il, barrez-les et jetez-les dans les puits. Nous reviendrons les chercher..."

(...) Hélas! ce jour-là, Charette se trompait : il ne devait plus jamais revenir! et son officier trésorier aussi...

 

   

    Cette relation se trouve déjà dans le livre de Robert Charroux "Trésors du Monde", véritable bible du chercheur de trésors parue chez Fayard en 1962 (p.122) qui, lui, situe la scène trois mois après la lettre de Hoche concernant les 6 000 louis d'or et qui donne comme points de chute des deux caisses le puits du Refuge ainsi que celui de l'Andrière près de Saint-Denis-la-Chevasse. Seul petit problème : si la prise du refuge de Gralas fut bien réelle par les troupes républicaines, elle se déroule en 1794, pendant la première guerre et non en 1795 durant la seconde. Et comme l'écrit l'auteur de l'article : "une seule fois une troupe avait trouvé et donc forcé le Refuge" ce qui parait logique, Charette n'ayant pas par la suite réoccupé un camp que les républicains surveillaient et fouillaient régulièrement. Le 10 juillet 1794 ce camp est aux mains des troupes du général Ferrand comme nous le rapporte Françoise Kermina dans son "Monsieur de Charette" (p.138) :

 

 

Ce campement de fortune appelé le Refuge était, sous la voûte protectrice de chênes gigantesques, une véritable ville rustique, formé de cabanes en branchages séparées par des rues tapissées d'herbes épaisses, avec, de distance en distance, des échelles en haut des arbres où se postaient les guetteurs. Ferrand, qui l'occupa le 10 juillet, fut surpris par l'ingéniosité de l'installation qui comportait, outre les maisons individuelles, des boutiques, des églises, des forges, des ateliers de réparation d'armes et plusieurs moulins. (...)

Le général Ferrand (...) énumérant les dépouilles hétéroclites que les brigands avaient laissées en fuyant : portefeuilles, reliquaires, matelas et même "lits de plumes".

 

 

         Quel que soit donc ce qui fut jeté dans les puits du Refuge de Gralas au moment de la fuite des vendéens devant les troupes républicaines, cela ne concerne pas les fonds débarqués par les anglais en août 1795 auxquels est consacré ce dossier et qui accompagneront Charette dans la seconde guerre de Vendée. Il conviendrait donc de voir ici une tradition liée au "trésor primitif" de Charette. (cf. description de ce trésor par Didier Audinot page 1 du dossier)

          Qu'on ne s'y trompe pas, cela ne rend pas cette forêt de Gralas sans intérêt dans la recherche!

 

     A partir de cette tradition on a évoqué des histoires d'anciens soldats de Charette ayant récupéré le trésor en forêt de Gralas, toujours auprès de la même source du docteur Ribereau, Valentin Roussière présente alors ces récits, tel ceux de fortunes subites après la Révolution ou d'anciens officiers s'en revenant au Refuge et confirmant à des charbonniers les détails du sauve-qui-peut et, ne trouvant plus sur place le trésor, donnaient cours aux rumeurs locales disant que des audacieux les avaient devancés. Là encore, nous sommes en liaison avec des épisodes de la première guerre. J'ai montré dans le tableau de la première page du dossier que le Refuge de Gralas n'avait pas été utilisé par Charette dans la seconde guerre de Vendée (Juin 1795 - Mars 1796).

 

     Une autre tradition nous ramène encore a Gralas, celle-ci se situe selon Valentin Roussière durant l'hiver 1795, mais cette fois-ci avant la prise du Refuge, c'est donc probablement l'hiver 1794-1795. Des soldats, qui transportent l'or en charrette ou a dos de cheval selon les versions, se délestent de leur précieuse cargaison dans un chemin creux de la foret, voire dans une mare. Retournant sur place une fois la paix revenue, ces anciens soldats n'auraient pas retrouvés les caisses d'or et le mystère planerait sur l'identité du découvreur et l'usage qu'il fit de ces fonds. Ici signalons que cette tradition n'est supportée par aucun document ni mémoires de l'époque et que, encore une fois, elle ne peut concerner le trésor des 6 000 louis d'or dont on a la trace au moins jusqu'en janvier 1796 avec le billet de Suzannet signé à Montorgueil. Il est ainsi de la majeure partie des traditions relatives au trésor de Charette : elle s'arrêtent en général à un trésor, découvert ou non, en forêt de Gralas.

 

          Mais s'il fut découvert en forêt de Gralas ou non, ou pourrait-on retrouver trace du trésor? Peut-être, si l'on en croit une autre tradition présentée par Valentin Rousière, dans le financement du séminaire de Chavagnes-en-Paillers (petit coin de Vendée rendu "célèbre" en 2005 par une émission de télévision déplorable), fondé par le Père Baudoin en 1804 :

 

Une somme énorme lui manquait pour payer le lendemain les entrepreneurs qui avaient construit les bâtiments. Or, dans le soir tombé, un inconnu lui apporta de l'or pour payer la facture.

    

     On peut rapprocher à cette tradition une histoire similaire qui concerne elle le clocher de l'église de La Boissière-de-Montaigu. Elles sont l'une et l'autre suffisamment précises pour que des recherches en archives nous éclairent un jour. Il convient de préciser qu'il semble qu'au cours du XIXème siècle on soupçonna l'or de Charette d'être à la base de tout bâtiment qui s'élevait un peu rapidement sur son ancien territoire ou de toute nouvelle fortune.

     Pour continuer le panorama des traditions concernant le trésor il nous faut également passer sous un tas de fumier pour retrouver, selon un tradition semble t-il véhiculée par M. Eugène Gendreau du Poiré-sur-Vie, "noire de purin, une valise en cuir rouge enfouie, et dedans des louis d'or" une scène peu crédible puisque située en 1810. Terminons avec une tradition sur laquelle j'ai peu de renseignements mais qui a au moins l'avantage de concerner un site ou le passage et le séjour de Charette est attesté pour la période de la seconde guerre de Vendée : Belleville-sur-Vie

 

Il y avait un moulin en ruine près de Belleville : les deux propriétaires manquaient d'argent. Quand la tour eut croulé sous les pics, les deux hommes montèrent à Paris, et non seulement l'argent ne leur fit pas défaut, mais ils achetèrent deux fermes.

 

     Légendes ou réalités? L'histoire et le pays gardent leurs secrets.

          Des secrets qui quelques fois se rappellent à la mémoire vendéenne telle que, par exemple, cette évocation publiée par la quotidien Vendée-Matin le 7 février 2006, 210 ans après la mort du général et qui montre combien les guetteurs sont encore présents sur la piste :

 

 

      Si un visiteur connait une tradition relative au trésor de Charette qui ne serait pas présentée ici merci de me contacter.

 

 

II. Recherches sur le terrain

 

     Avant de présenter dans un troisième volet les recherches que j'ai moi-même menées sur le terrain d'aventures que constitue la piste du général vendéen j'aimerais ici présenter un aperçu des quelques recherches qui firent ici ou là l'objet de quelques lignes ou dont j'ai pu recueillir le souvenir auprès des habitants du pays de Charette. Cette partie est amenée à évoluer en fonction des recherches que je ne connais pas encore.

          Si comme écrit plus haut c'est Robert Charroux qui le premier présenta un aperçu des recherches en 1962 il semble qu'il y ait eu bien avant des tentatives de sondages pour les puits de Gralas et de Saint-Denis-la-Chevasse.

          Il semblerait que quelques passionnés, chercheurs de trésors, aient commencé leurs investigations sur place au cours des années 70. Ainsi ce géomètre expert du Nord qui, comme l'écrivait Valentin Roussière "alléché par l'aventure, a secrètement occupé ses vacances à sonder le puits de Charette. En vain, comme on le devine... ". En 1978, selon Didier Audinot (Trésors et détections n°36) un habitant de Belleville-sur-Vie, aurait obtenu l'autorisation de mener ses propres fouilles dans l'ancien Quartier-Général de Charette, à la recherche d'une salle souterraine ou aurait pu être entreposée la trésorerie. Ces recherches auraient été vaines. Il y eût aussi ces recherches de trésor au... Trésor, hameau de Belleville-sur-Vie dont le seul nom allume les rêves dans l'oeil du chercheur. Je ne connais pas le détail de ces recherches, le chercheur Didier Audinot présente le Bois du Trésor comme l'une des 13 caches potentielles pouvant abriter le trésor de Charette. Cependant, renseignement pris, il n'y a pas à ma connaissance de Bois du trésor, mais bien un hameau qui porte ce nom, piste à fouiller sans aucun doute...

 

MONTORGUEIL, Les chasseurs de trésors débarquent

 

      C'est sans conteste Montorgueil qui a vu le plus grand nombre de chercheurs, compte tenu du document existant qui démontre que le trésor de Charette est passé par ce camp de fortune, peu avant la capture du Général qui signait ses communications depuis ce camp. En 1986 Didier Audinot et le groupe de recherche Hermès ont séjournés à Montorgueil pour mener des recherches sur place à l'aide de détecteurs de métaux puissants, ainsi qu'avec le concours d'un radiesthésiste.

     

   

    Cette recherche à fait l'objet d'une publication dans la revue Historia n° 471 sous la plume de Didier Audinot dans un article intitulé "Le trésor de Charette retrouvé". Il relate le séjour des chercheurs de trésors dans le petit village, la recherche des vestiges de l'occupation des lieux par les royalistes début 1796, la mise en oeuvre de méthodes de recherches à l'aide d'appareils performants mais en vain pour ce qui concerne un dépot massif. Certaines caves de maisons furent même sondées sans résultat.

 

        Intervient alors le radiesthésiste dont le dowser indique la direction d'un ancien moulin en ruine dont les anciennes cuves pourraient contenir une importante masse de métal jaune, à sept mètres de profondeur. Le trésor de Charette est-il là, attendant le coup de pelle d'un audacieux? Difficile cependant à croire, car les seules ruines de moulin qu'il m'ait été donner de voir à Montorgueil sont celles d'un moulin élevé vers la moitié du XIXème siècle, soit une cinquantaine d'années après les évènements qui nous intéressent. Un bâtiment à l'histoire amusante puisque petit à petit transformé en vulgaire bordel le propriétaire le dynamita et ses ruines bordent aujourd'hui une aire de pique-nique. Lors d'un passage j'ai pu constater que ces blocs de pierre servent de reposoir aux canettes que des jeunes des environs viennent tirer avec des carabines à plomb après les avoir consciencieusement vidées.

 

       Montorgueil n'en demeure pas moins une piste intéressante et ce village n'a peut-être pas livré tout ses secrets. Un autre mystère concernant le séjour de Charette à Montorgueil est celui de la sépulture de l'officier Pajot, tué le 8 décembre 1795 dans une attaque de convoi et dont le corps fut ramené à Montorgueil par Lucas de la Championnière pour y être enseveli. L'endroit de cette sépulture est toujours resté mystérieux mais on m'a affirmé sur place qu'il fut découvert par un agriculteur. Cet endroit est toujours gardé secret de craintes de déprédations. François Pajot ne serait pas le seul officier de Charette enterré dans la colline de Montorgueil et un des frères La Robrie serait également là.

     Montorgueil est un point de passage incontournable dans la quête du trésor, il faut passer et repasser, poursuivre les routes, elles mènent toujours à des endroits que Charette fréquentait, j'aurais l'occasion de le montrer dans une prochaine mise à jour et la troisième partie de ce dossier.

 

Montorgueil et les ruines du moulin

 

     Bien évidemment cet aperçu des recherches est loin d'être exhaustif, je suis preneur de toutes infos sur des recherches passées dont je ne fais pas état ici.

    

 

Ouvrages utilisés pour la rédaction de ce dossier :

Historia n° 386, Janvier 1979 : "Qui a trouvé le trésor de Charette ?" par Valentin Roussière

Historia n° 471,  Mars 1986 : "Le trésor de Charette retrouvé " par Didier Audinot

Françoise Kermina, Monsieur de Charette, Ed. Perrin, 1993

Robert Charroux, Trésors du Monde, Ed. Fayard, 1962

 

Merci pour l'accueil et les sourires, mairies ou Offices de Tourisme de Legé (44), Le Poiré-sur-Vie, Belleville-sur-Vie, Dompierre-sur-Yon.

 

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Combattu souvent, battu parfois, abattu jamais.

devise prêtée à Charette